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Revue d'interviews en français de Kate Bush


 Interview Magazine Rolling Stone (n° 37 - Février 2006)

La voix sans maître, par Philippe BADHORN: Aux studios d’Abbey Road, dans l’ouest de Londres, on n’enregistre pas des Beatles tous les jours. John, un jeune assistant, raconte que, la semaine dernière, un haut responsable d’une grosse boîte a loué le studio 2 toute une journée pour s’entraîner « à dire un discours avec émotion ». Là où les Fab Four ont enregistré une bonne partie de leur œuvre. Là où Kate Bush a supervisé, avec Michael Kamen, les parties orchestrales d’Aerial, son double album enfin sorti après douze ans de silence discographique. C’est dans la salle de contrôle de ce même studio 2, un endroit cozy qui surplombe le vaste espace lambrissé où trône un Steinway et attend une armée de pieds de micro, que KB donne une de ses rares interviews. A vrai dire, la dame est en retard. Sa maison est cachée au nord de Londres et, apparemment, les embouteillages sont sérieux aujourd’hui. Elle arrive enfin, seule, un grand panier en osier à la main, dans lequel elle range un épais Filofax et toutes sortes de cahiers. On est d’abord un rien déçu. Les photos de presse atténuent le fait indéniable qu’à 47 ans, KB n’est plus la troublante sorcière blanche, la sensuelle sauvage, sophistiquée et excentrique, qui a affolé les sens des esthètes de toute une (voire deux) générations. Mais elle porte gracieusement ses formes épanouies, avec l’aisance de ceux qui sont bien dans leur corps. Nous nous installons côte à côte dans le canapé, devant un thé fumant. Le regard doucement scrutateur de ses yeux noisette, ce sourire craquant et indéfinissable, cette voix aux intonations profondément musicales : ils ne nous en faut pas plus pour être sous le charme.

Même si vous êtes une fidèle des studios Abbey Road, vous enregistrez essentiellement chez vous. Vous avez voulu, très tôt (dès 1983), ainsi avoir votre propre studio.

J’aime Abbey Road pour son atmosphère. C’est un endroit où je me sens totalement à l’aise. Mais disposer de son propre studio, ce n’est pas seulement une question de liberté artistique. De façon très pragmatique, c’est une question d’argent. Dès que vous vous engagez sur des longues périodes, la note devient effrayante. Dans un studio classique, je ne pouvais pas disposer du temps nécessaire pour expérimenter.

Vous avez entamé ce disque il y a 9 ans. Avez-vous dû beaucoup réenregistrer pour garder une cohérence dans le son ?

C’était un des points qui me pré-occupaient. Qu’il y ait une unité. Alors j’ai essayé de donner cette atmosphère globale de flottement, de flux. « King of the mountain », « Sunset » et « Architect’s Dream » sont arrivées très tôt. Mais dans la version définitive de « King of the mountain », on retrouve beaucoup de choses qui viennent des premiers essais, comme le clavier. La plupart des voix aussi, ont été enregistrées voici 9 ans. Par contre, on a enregistrées la batterie et le reste dans les 45 derniers jours (elle dit « années » au lieu de « jours », lapsus révélateur _ ndr), qui ont été une période très intense. C’est ce qui a été fait à ce moment là qui crée le lien. Quand on me dit que l’album ne ressemble pas un à assemblage de moments disparates, ça me fait immensément plaisir.

« King of the mountain » a été le tout premier morceau. Il évoque un Elvis vivant dans une sorte d’Olympe enfantin. On évoquait beaucoup des réapparitions d’Elvis à l’époque non ?

Oui, maintenant que vous le dites, c’est vrai. Je trouvais très jolie l’idée que quelqu’un qui a été tant aimé, soit toujours vivant et heureux, dans un espace, des limbes (dans la chanson , Elvis fait de la luge sur Rosebud, symbole de l’enfance et l’innocence perdue dans le film Citizen Kane d’Orson Welle_ ndr). Je me rappelle d’un show des années 50 avec Elvis. Le gars qui le présentait en parlait comme d’une personne simple et douce, pas comme d’une star égoïste et égocentrique. Je crois vraiment qu’il l’était au fond. Lorsqu’il a vieilli, on n’a jamais eu le sentiment qu’il était heureux. Peut-être qu’il était.

Est-il votre opposé ? Vous travaillez à votre propre rythme, vous avez réussi à avoir une vie en dehors du show-business. Lui avait perdu pied avec la réalité quotidienne.

Je crois que c’était profondément un « sweet and fun loving nice guy » qui avait du mal à dire non. Personne ne voudrait être aussi célèbre. On m’a déjà demandé si je me sentais comme Elvis. Heureusement non. Je ne suis pas aussi connue qu’Elvis, personne ne l’est. Sauf peut-être Franck Sinatra ou Marylin Monroe, mais elle est morte encore plus tôt que lui. C’est difficile de porter sur soi le regard du monde.

Vous n’avez jamais voulu être célèbre ?

Non.

Mais vous avez besoin de l’appréciation des autres ?

C’est ambigu, c’est vrai, comme pour tout artiste. J’ai passé beaucoup de temps sur ce disque. J’ai envie que les gens écoutent et apprécient la musique. Mais être un centre d’intérêt rend la vie plus difficile. On trouve tous que certains éléments de la vie moderne sont intrusifs. C’est difficile de garder son propre espace. Moi je me considère comme un écrivain. On ne me voit peut-être pas comme ça, mais c’est ma vision. Et un écrivain a besoin d’avoir les pieds ancrés dans la réalité. Ma famille, ma vie domestique sont incroyablement importants et essentiels à mon travail. Ça vient peut-être de mes racines irlandaises, du côté de ma mère.

Mais vous n’aimez pas qu’on vous décrive comme une recluse.

Non, parce que je ne le suis pas. Un reclus, c’est quelqu’un qui ne voit personne, ne sort jamais. Ce n’est pas mon cas. Je vois des gens mais je passe beaucoup de temps en studio, et je ne vais pas dans beaucoup de fêtes ou de premières. Tout spécialement, lors de ces dix dernières années, j’ai mené une vie très normale. Et j’en ai été heureuse. La seule chose, c’est que j’ai parfois craint de ne pas finir ce disque. Le temps s’est évaporé durant ces dix ans. Je n’avais pas vraiment prévu que ce soit aussi long. J’aurais été terrifiée si on me l’avait dit. Mais ça a été du temps productif.

Vous vous êtes surtout consacrée à votre fils...

J’ai déménagé à la campagne. On a dû reconstruire un studio. J’ai eu Albert (Bertie, en 1998_ndr) c’est difficile de faire un disque et d’élever un petit garçon. Mais tout le temps que j’ai passé avec lui n’a pas été perdu. Il sait que sa mère est assez connue, mais ça n’a pas été un poids pour lui. Je suis une personne normale, pas une entité bizarre et absente.

Vous protégez votre vie privée, mais une chanson porte le nom de votre fils (Bertie) et c’est la déclaration d’amour maternel la plus entière que j’aie jamais entendue.

J’ai toujours introduit ma vie dans mon travail, mes amis, ma famille (un exemple très bushien : son compagnon Danny McIntosh joue de la guitare sur l’album, mais c’est son ex, Del Palmer, devenu ami, qui l’a enregistré et mixé_ndr). Mon travail est très, très personnel. Il est intiment lié à ma vie quotidienne. C’est une des raisons pour lesquelles je veux que ma maison soit un foyer et pas un aquarium à poissons rouges. J’ai un endroit, qui est mon foyer, ma base, et qui doit rester un peu secret. Mais comment ne pas avoir de chanson qui évoque mon garçon, alors qu’il a pris une place si énorme dans ma vie ? Je ne pense pas que je l’expose, ce n’est pas comme si je l’exhibais à la télévision. C’est à l’intérieur de mon espace créatif. Il y a des photos de Bertie dans le booklet du disque. Mais il ne ressemble plus vraiment à ça, ce n’est pas comme une photo dans un tabloïd. Mais c’est vrai, dans ce monde, et surtout ces cinq dernières années, énormément de programmes télé sont un culte de la célébrité. Je n’arrive pas y croire ! Ca a un côté amusant, mais je trouve ça complètement dément, et je ne veux surtout pas être partie prenante là-dedans !

Le déménagement, le bébé, d’accord. Mais votre perfectionnisme a aussi joué pour retarder l’échéance.

Le mot perfectionniste n’est pas forcément le bon. Je suis très soupe-au-lait et j’ai des opinions bien arrêtées. Pour obtenir les images que j’ai dans ma tête, c’est toujours délicat. Les gens croient que je passe des années à écrire une chanson. En fait, c’est souvent wooorg (elle fait mine de vomir_ndr). Ce qui est long, ce sont les arrangements, trouver la bonne atmosphère, la juste qualité émotionnelle des voix. Mais je n’essaie pas d’abraser toutes les erreurs. Je ne crois pas à la perfection. Par exemple dans « Mrs Bartolozzi », la voix joue avec le piano. Et il y a une partie que je déteste vraiment. Mais, intégré à l’ensemble, ça a une qualité émotionnelle que je n’ai pas retrouvée sur les autres prises. Cette version est un peu fausse, je ne prononce pas les mots exactement comme je le veux, mais l’émotion que je cherchais est là.

C’est sans doute la chanson la plus ambiguë de l’album (ses yeux pétillent quand je prononce le mot). Une ode au bonheur domestique (et surtout à la lessive), mais on peut lui trouver un sens plus sinistre.

Parmi mes amis, certains l’ont adorée, d’autres ont pensé que c’était un intermède comique, d’autres encore se sentis mal à l’aise, soit parce qu’ils pensaient que la chanson évoquait le maquillage d’un meurtre, soit parce que ça leur semblait trop personnel. Mais ce n’est pas forcément moi.

Vous ne voulez pas que tout soit « brillant et propre » ?

J’effectue beaucoup de travaux ménagers, et j’aime particulièrement la lessive. Il y a une connexion entre le lavage, les habits et la personne qui porte ces habits, l’eau qui tourne dans la machine à laver et la mer. Je fais beaucoup de lessives, surtout depuis que j’ai un enfant. C’est une manière, je crois, d’être près de mes racines et près de la vie. Gamine, je voyais ma mère laver et être la personne centrale de la maison (son papa était médecin). C’est incroyablement important pour moi. J’aime avoir cette connexion avec ce travail. Tenir une maison, je ne le vois pas comme un servage.

Les féministes vont apprécier. Par contre, vous chantez aussi Jeanne d’Arc (Joanni), sans bague au doigt et armure étincelante.

Pour cet album, je voulais avoir deux disques. L’un est un concept autour de la variation de la lumière et des chants d’oiseaux au cours d’une journée. L’autre évoque des personnes très différentes, Mrs Bartolozzi, Elvis ou Jeanne d’Arc, sont archétypes, tous très forts.

Vous êtes un mélange des trois ?

Vous le pensez ? Peut-être (rire)

Vous avez toujours eu une image mystérieuse. Vous intriguez.

Franchement, je ne me sens pas très mystérieuse, et je suis surtout étonnée de l’accueil que je reçois. D’où j’étais, je pensais m’être fait oublier. Chaque année, je me disais que le disque devait se finir, et puis, à un moment, il a été clair qu’il faudrait deux disques. Après un temps aussi long, je voulais présenter quelque chose de consistant. Il ne sort aujourd’hui plus beaucoup de doubles albums. Mais ça a bien compliqué les choses. Il fallait que les chansons du premier disque ne sonnent pas comme des rebuts, et que le disque-concept ne soit pas trop court. Que ce soit un vrai double album.

Dans le CD « concept » (A sky of honey), les oiseaux sont les narrateurs de certains morceaux.

Je jouais avec cette idée du langage, de la relation entre le langage et la lumière. Dans ce pays, nous avons de superbes oiseaux chanteurs, et il y a un lien avec le jour ; leur chant est comme une célébration de la lumière.

On sent votre émerveillement profond face à la nature.

Je suis souvent bouleversée par la puissance et la beauté du ciel et de la mer. Ils sont tellement partie de ce que nous sommes. J’ai vécu dans le centre de Londres pendant longtemps. Et je suis venue à la campagne, surtout pour élever mon garçon. Quitte à revenir en ville quand il sera plus grand. Mais j’essaie de préserver ce lien avec la nature.

Le disque s’achève sur un dialogue entre votre rire et le chant d’un oiseau. Le rire est aussi un langage ?

Oui bien sur. Je ne sais pas exactement où se situe la connexion entre le langage humain et celui des oiseaux ; peut-être là. Quand quelqu’un rit, le son prend des formes qui ont une similarité avec leur chant. Et le rire, à l’origine, ne marque pas seulement l’amusement, il a un rapport avec l’agressivité, la revendication du territoire.

Un de vos personnages est un homme qui cherche de nouvelles décimales du nombre Pi. Vous le trouvez fascinant, ou absurde ?

C’est un type de personnages fascinant. Des chercheurs qui se sont donné une mission dans la vie, qui sont totalement concentrés sur l’extension de cette équation. Mais tout dire, c’est surtout l’idée de chanter les nombres qui m’a attirée. Je voulais voir s’il était possible d’interpréter presque toute une chanson basée sur ces séquences de chiffres et faire ressentir de l’émotion. C’est un sentiment tellement différent, chanter les choses qui n’ont pas de contenu émotionnel propre.

Comme chanter dans une langue étrangère ?

Là, je chante un peu de français et d’italien. J’ai déjà chanté des mots étrangers dans d’autres morceaux. C’est toujours très particulier. Tu connais les mots, mais leur sens n’est pas totalement intégré. C’est parfois libérateur.

La chanson « How to be invisible » reprend un thème qu’on trouvait dans une chanson de Radiohead (« How to disappear » sur Kid A) qui l’avaient eux-mêmes pris dans un bouquin.

Vraiment ? (elle semble un peu secouée) Si je l’avais su, je ne l’aurais pas écrit. Tout le monde a des idées, et je déteste qu’une des miennes ne soient pas originale. C’est quelque chose dont j’avais très peur, toutes ces années. Que des thèmes de mes chansons soient exploités par d’autres, avant moi.

Votre fils a grandi. Vous allez pouvoir travailler plus vite...

Je ne veux plus que ça traîne aussi longtemps. Comme vous le dites, mon garçon est plus âgé, le studio est reconstruit. Mais j’avais sans doute besoin de ce délai. La plupart des artistes finissent lessivés par le rythme disque-promo-tournée.

Je trouve que cet album est positif, qu’il diffuse une sorte de paix.

Vraiment ? Très bien. C’est aussi pour ça que j’ai eu besoin de temps, je n’étais pas dans un espace aussi heureux quand je l’ai commencé (encore sous le choc du décès de sa mère, Hannah, en 1992_ndr).

Est-il vraiment nécessaire de vous demander si l’on vous verra sur scène ?

Je n’ai fait qu’une tournée (le Tour of life , long de 28 dates, en 1979_ndr). Mais ça non plus, je ne l’ai pas planifié. Je voulais enregistrer deux disques puis faire un double show. Mais avec The Dreaming, je me suis complètement laissée absorber dans le processus de la création d’un disque. Je prenais en charge la production : ça a été très important mais très dur pour moi. J’avais des choses à prouver. J’ai reçu pas mal de coups de gens, du label ou non, qui pensaient que je n’y arriverais pas. Pour qui se prend elle celle-là ? The Dreaming n’a pas eu le succès qu’il attendait. Puis j’ai construit mon studio, travaillé sur « Hound of Love » (son disque le plus acclamé, en 1985, qui comportait aussi une suite conceptuelle sur une face. Aerial en est clairement la suite, à 20 ans de distance_ndr). Là j’ai eu ma revanche. C’est sur la production que j’ai concentré mon énergie de ces années-là. Je me suis aussi pas mal investie dans les vidéos. Je suis le genre de personne qui ne peut pas faire les choses à moitié.

C’est aussi une question de contrôle ?

Le live est plus aléatoire. Peut-être. Pourtant, je me suis vraiment amusée sur cette tournée. C’était un peu comme un cirque. On a tellement ri, mais j’étais complètement épuisée. C’était très différent de la création musicale. J’essayais d’être meilleure chaque soir. C’est vrai, un jour je devrais refaire des spectacles. Mais ça me rendrait tellement nerveuse ! A chaque fois que je monte sur scène (pour un ou deux morceaux lors d’occasions spéciales, pour des amis comme Peter Gabriel ou David Gilmour_ndr), j’ai un tel trac. Je n’ai pas totalement confiance dans ma maîtrise de la scène. Mais je suppose que ça irait, avec beaucoup de répétitions.

Est-il vrai qu’on a inventé le casque microphone pour vous ? Pour vous permettre de danser en chantant lors de cette fameuse tournée ?

Oui, c’est un technicien son qui est arrivé avec cette idée. Je lui ai conseillé de la breveter. Il m’a répondu : « Comment breveter ce bricolage fait avec un porte-manteaux ? »

La technologie a énormément évolué. Pour quelqu’un comme vous, c’est une bénédiction ou une malédiction ?

Une des raisons pour lesquelles j’aime les vieux disques des Rolling Stones, c’est que ça sonne un faux, un peu crado, mais c’est organique et humain. Les ordinateurs peuvent rendre les choses plus rapide mais, bien entendu, on a la tentation de toujours mieux contrôler le son. On a des ordinateurs dans le studio, mais j’essaie de garder l’aspect humain au premier plan. La musique n’est pas une question de beats qui tombent à la bonne place.


 Interview de Kate du 7 Décembre 2001:

Voici ci-dessous l'interview de Kate Bush du 7 Décembre 2001 - Elle provient du Q-Magazine: Kate est décrite comme une femme très heureuse et détendue et parle de sa vie depuis l'album The Red Shoes, sa rupture avec la musique pendant une periode, et son bonheur évident maintenant avec Bertie et son papa, le guitariste Danny McIntosh. Kate admet qu'elle a trouvé la conséquence immédiate de la difficulté de son dernier album "The Red Shoes": J'ai fait pour vous la traduction en français de l'article et de l'interview de Kate - Vous trouverez donc, ci-dessous le principal de l'article, les propos de Kate Bush plus les photos :)

"Je ne me prends pas pour une vedette, et depuis longtemps j’ai pris la décision de ne pas faire de publicité sur mon travail. Donner une interview alors que je n’ai pas sorti un album n’a aucun sens."

Kate rejette la comparaison avec Stanley Kubrick. Recluse tout comme une mystique, n’acceptant aucun contrôle artistique extérieur, ni aucun impératif de calendrier; originale dans un genre qui écrase instinctivement l’originalité; perfectionniste et obsessionnelle...

"J’admire Kubrick. Dieu sait comment il conservait un tel contrôle total sur ses films. C’était vraiment un génie et il s’est toujours dépassé. Je suis privilégiée d’avoir un contrôle artistique sur mes créations ; c’ est primordial pour moi. Je ne veux pas me comparer à lui, mais je vois ce que vous voulez dire."

Au sujet de la mort de sa mère Hannah pendant l'enregistrement de l'album The Red Shoes: "Il y avait eu une période très longue, où je n'avais pas pu travailler, mais je ne m'étais pas affligée envers mon travail. Je devais faire face à cela..."

"J'ai dû cesser de fonctionner parce qu'il y avait beaucoup de choses que j'ai voulu regarder dans ma vie. J'étais épuisée à tous niveaux. Il y avait quelque chose en moi qui n'a plus voulu fonctionner. J'en arrivais à un point où il y avait quelque chose, je ne sais pas quoi, qui ne marchait plus. C'était comme si je m'examinais pour voir si je pouvais encore écrire, mais je n'aimais pas ce que j'écrivais. J'ai pensé que si je faisais un nouvel album à ce moment là, il y aurait trop de déchets... Fondamentalement, les batteries ont été complètement épuisées et j'ai dû relancer la machine." - Et qu’avez-vous fait ? "J’ai dormi. J’ai passé beaucoup de temps à dormir..."

Après avoir regardé dans le fond du gouffre, Kate a tenté de remonter doucement la pente. Elle est partie en vacances. Elle s’est installée au centre de Londres, louant puis achetant un appartement qu’elle possède toujours. Elle indique exactement à quelle adresse, mais demande, toujours très poliment, que l'endroit ne soit pas révélé:

"Je suis désolée de vous le dire. Je n’aimerais pas que mon adresse soit exactement révélée. Cela pourrait me créer des problèmes. J’allais dans des endroits que je n’avais jamais eu le temps de fréquenter, comme les musées. J’adore les musées. Je fuyais le travail, qui était si pesant chaque jour."

Quelque part, ses rapports de longue date avec son ingénieur, programmeur et autrefois bassiste: Del Palmer s'étaient tranquillement émiettés.

L'auteur de l'article résume l'histoire de Kate de ces dernières années, ainsi que les tentatives au sujet de l'écriture de son huitième album. Alors qu'elle s'est retrouvée enceinte. Le père, Danny McIntosh, responsable de la plupart des guitares sur l'album The Red Shoes, bien que vers la fin des 70's il ait été un membre du groupe "Bandit"... Il y a trois ans, Kate a donnée naissance à Albert, destiné à devenir Bertie... Le petit Bertie a les cheveux de son père (auburn), les yeux de sa mère et la plus large grimace ! La garde de son fils vient compliquée les choses sur son travail d'écriture. "Bien que je n'avais pas toujours voulu d'enfants, j'avais donc beaucoup de temps devant moi. Les gens disent que la magie n'existe pas mais je le regarde, en pensant que je lui ai donné naissance et je sais que la magie existe."

"Je suis vraiment heureuse. Je sens que je me balance en équilibre entre Bertie d'abord et mon nouvel l'album ensuite. Certains disent que le meilleur travail vient de la souffrance: Je ne suis pas d'accord avec ceci. Hounds Of Love est l'un de mes meilleurs albums et j'étais très heureuse à ce moment là. Je suis très heureuse aujourd'hui avec Danny. Je me sens très chanceuse et celui-ci a réalisé beaucoup de choses que je recherchais après le dernier album."

Êtes-vous mariée avec Danny ? (Kate joue avec ses doigts, sans alliance)

"Je me doutais que vous alliez me poser la question. Je le disais à Danny : qu’est-ce que je dis si il me demande si nous sommes mariés ? J’ai le sentiment que je dois vous donner une explication: je suis tellement protectrice par rapport à Bertie, je me sens si attachée à lui. Je fréquente de nombreuses personnes, dont les mères des amis de Bertie. Je ne sais pas toujours si ces gens savent qui je suis, alors je suis vraiment soucieuse de savoir si le fait que je sois mariée sera imprimé, et connu. C’est là que je commence à m’inquiéter."

Et à quoi ressemble t'il (le nouvel album) ?

"Je ne suis pas sûre, parce que je n'obtiens pas encore ce que je veux au niveau de son écoute. Vous voyez, avec mes autres albums que j'avais l'habitude d'écouter la substance de l'ensmble. Il est très différent maintenant parce qu'avec Bertie je n'ai pas beaucoup de temps. Je suis tout à fait heureuse avec lui cependant. Il y a énormément de lui dans ce dernier... Mais je ne peux pas vraiment vous en parler car il n'est pas encore terminé. Il est difficile de parler d'un événement qui ne s'est pas encore produit..."

Au sujet de sa longue absence: "Il serait cynique et arrogant de dire qu'il me faudrait des années pour faire un nouvel album. Mais je ne suis pas capable d'en faire un, une fois par an. En ce monde rapide, les gens oublient, mais ils sont incroyablement patients avec moi."

Le nouvel album n'a aucun titre pour le moment. Il peut être terminé en 2002, ou bien plus tard (en 2003). Le temps est un élément que Kate controle parfaitement-bien. Elle ne veut pas faire pression sur elle-même en donnant une date...


 Au début il y a La création:

"Chaque fois que je commence à travailler sur un nouveau disque, c'est comme si je ne l'avais jamais fait, et là j'ai vraiment l'impression de repartir à zero. A cette relative virginité artistique vient s'ajouter le fait que j'ai généralement des options bien définies au départ et qu'on assemble tous les éléments un peu comme les pièces d'un puzzle. L'inspiration dépend énormément de ce que j'entends entre deux albums, donc le hasard a sa part de responsabilité. En particulier pour l'élaboration des textes que je trouve souvent très difficile à décortiquer parce que je me retrouve avec un fratras de petites choses dont je dois faire un collage, mais cohérent. Tout ceci semble toujours très fragile, fugitif. Quand j'en suis à la moitié d'un album, tout semble presque trop lourd à porter et je me sens soudain toute petite avec l'impression que je n'y arriverais jamais, d'ailleur la plupart du temps si on savait à quoi on s'engage, on ne commencerait même pas. C'est parce que tout est intimement lié que je ne peux pas confier une partie du travail à quelqu'un d'autre. Je considère la production comme un élément de l'écriture. De même que l'aspect visuel en est une extension."


 Rencontre avec David Gilmour:

"C'est par l'intermédiaire d'un ami de mon frère: Ricky Hopper. Ce dernier connaissait beaucoup de musiciens pop, et c'est en particulier un très bon ami de Dave Gilmour. A cette époque, Dave cherchait des gens qui n'avaient pas encore percé: il allait dans les pubs voir des groupes dont on lui avait dit du bien. C'est comme ça qu'il a produit un groupe qui s'appelle "Unicorn". Et j'étais aussi sur la liste, parce que Ricky lui avait parlé de moi. Dave est venu, il a entendu quelques chansons, et il semblait croire en moi. Il a financé une "démo" que nous avons fait ensemble, et c'est ce qui m'a permis de décrocher mon contrat chez EMI. je lui dois vraiment beaucoup. Tellement peu de gens dans sa position, qui ont réussi et ont tout ce qu'ils veulent, prennent la peine d'en aider d'autres qui n'auraient pas d'ouverture sans eux. je n'en serais pas là sans lui - Surtout que j'ai besoin de beaucoup de temps pour écrire... Et de tranquillité. Il faut que je puisse passer des heures seule avec mon piano. Je ne suis pas le genre à écrire un tube dans le train !! Il y a une chose qui m'a toujours profondément énervée, c'est les chansons faites uniquement pour rapporter de l'argent, comme une recette commerciale. Pour moi, la musique, ce n'est pas ça, c'est quelque chose qui doit être différent, original. et c'est un processus extrêmement émotionnel. Or tellement de musique qu'on entend n'a rien à voir avec aucune émotion. C'est ce que je me suis toujours efforcée de mettre dans ce que je fais: de l'émotion. Et je veux croire que c'est pour ça que les gens aiment ce que je fais: parce que c'est sincère..."


 The Sensual World:

"Cet album a vraiment été conçu en privé, presque en vase clos, dans mon studio (sauf en ce qui concerne les orchestres parce que l'endroit est trop exigu), entièrement avec Del Palmer, alors qu'auparavant j'étais obligée d'utiliser d'autres ingénieurs du son. Et avec des musiciens que je connais pour la plupart depuis des années. Je n'ai pas voulu que la production donne une impression de pouvoir ou de puissance, c'est quelque chose qui se pratique couramment, surtout en ce moment, et je trouve cela gênant en temps que femme. J'étais très intriguée par l'exploration des énergies féminines dans la musique. Pour moi, "Sensual World" est vraiment une chanson "femelle", ma musique n'est pas asexuée, elle contient les deux sexes. Cela m'a toujours frappé que la plupart de la musique contemporaine occidentale soit pour la plupart si incroyablement "mâle". Alors que les musiques ethniques comportent des rôles masculins et féminins avec, par exemple, des instruments précis réservés à chaque sexe et des énergies différentes selon que l'aspect privilégié soit le "Yin" ou le "Yang". Je ressens une véritable fascination pour les aspects relationels de la vie, et cela constitue mon thème favori pour cet album."


 L'influence de la musique Irlandaise:

"J'ai toujours été influencée par la musique Irlandaise, dès mon enfance (ma mère est Irlandaise - (Ref: décédée en 1993)). Mais travailler avec ces musiciens m'a donné l'occasion d'explorer davantage cette musique. Leur culture, leur sensibilité, leur approche de la musique, si différentes des miennes, cette rencontre avec des gens nouveaux pour moi, tout cela a eu un côté expérimental qui a servi ma musique."


 La promotion des albums:

"Je n'ai vraiment pas une âme de représentante. Je ne me considère pas comme une star, mais comme une musicienne. Je veux bien qu'on parle de ma musique mais pas de mon personnage. Je laisse donc les choses s'enclencher toutes seules, je me préoccupe uniquement des compositions suivantes, de l'album à venir. Dés mon deuxième album, j'ai décidé d'accorder moins de temps à la promotion des disques et d'avantage à leur création. Il est nécessaire de préserver cet espace créatif dans lequel on se retranche de ce que les gens pensent de soi, de ce qu'ils attendent. J'ai la chance de pouvoir évoluer très librement à ce niveau. Sinon, les gens ont été depuis le début très gentils avec moi. Je n'ai vraiment pas à me plaindre. Mais je suis consciente du danger que représentent les pressions du business. A la limite, c'est souvent moi qui me rends les choses compliquées. Autrement, c'est sûr, il y a des moments où il faut lutter pour obtenir ce qu'on veut. C'est un processus tout-à-fait naturel."


 Une Inspiration simple ou ésotérique:

"La production de mes premiers disques donnait cette impression éthérée alors qu'ils ne l'étaient pas dans mon esprit. Même si mon songwriting et mon chant sont moins atmosphériques aujourd'hui, je n'ai jamais vraiment fait de chansons reposant sur le fantastique. Elles s'inspirent toujours de la réalité. Une grande partie d'entre elles traitent des relations humaines. D'une certaine manière, leur approche est beaucoup plus personnelle qu'avant. Non qu'elles soient autobiographiques, mais je m'y dévoile plus facilement. Hounds Of Love était déjà, à mon sens, plus terre-à-terre que les précédents. Et je crois que c'est comme cela depuis le début: de plus en plus réel. Cela doit faire partie d'un processus naturel. Mes sources d'inspiration ont toujours été les mêmes: des livres, des films, des conversations avec les gens. Cela n'a pas changé."


 Une histoire d'ordinateur dans Deeper Understanding:

"Il s'agit d'un type qui ne vit que par et pour l'ordinateur. C'est sa seule relation, déshumanisée avec le monde qui l'entoure. Un lien, d'ordre spirituel, s'établit néanmoins entre l'homme et la machine. Elle le fait se découvir tel qu'il devrait être, s'ouvrir à autrui, s'approcher de l'énigme de la création (j'ai pensé à Stephen Hawking en écrivant ce morceau). Pour moi, le propre de la musique n'est pas de se laisser obnubiler par la technologie, les machines, les séquenceurs, les amplis, mais de faire réagir les gens, de les toucher. Même s'il est difficile aujourd'hui, je l'admets, de concevoir de la musique, à cause du niveau de connaissances technologiques qu'il faut posséder. Mais en aucun cas la technologie n'est une fin en soi; l'émotion doit l'emporter sur le feeling."


 Une image de Kate un peu bizarre:

"Que puis-je faire ? Les gens voient et entendent ce qu'ils veulent. Je ne suis pas quelqu'un de spécial. Je suis juste quelqu'un dont le travail reçoit pas mal d'attention. L'idée que certains se font de moi est souvent déformée éloignée de la personne que je suis réellement. L'aspect dansant et théâtral de mon oeuvre, surtout présent au début, y est sûrement pour quelque chose. Mais je n'ai jamais cherché à propager une image de moi, qu'elle qu'elle soit."


 La voix de Kate:

"Je préfère ma voix aujourd'hui. J'ai plus de facilités à chanter également, grâce à mon studio. J'ai plus de temps à ma disposition et je ressens beaucoup moins de tension au moment d'enregistrer. Je sais désormais que je peux me laisser aller sur un morceau et le retravailler le lendemain, par exemple. Avant, j'étais très nerveuse au moment de chanter."


 Rencontre avec le trio Bulgarka (Les voix Bulgares):

"Toutes trois font partie des meilleures chanteuses de Bulgarie, et cela fait entre vingt et trente ans qu'elles chantent ensemble. Elles ont eu des vies très chargées et travaillent très dur. C'était la première fois que je collaborais avec des professionnelles travaillant aussi dur. De plus, je n'avais jamais travaillé avec des femmes. J'avais très peur, car je ne savais pas si cela allait coller. Nous sommes arrivés en Bulgarie sans savoir parler le bulgare et elles ne connaissaient pas un traître mot d'anglais ! Nous avons donc beaucoup communiqué par gestes. Il y a eu des moments très émouvants. Donc, elles nous ont tout de suite acceuillis dans leur maison, très chaleureusement, et ont commencé à nous chanter une de leurs chansons. C'était magnifique. C'est assez rare que je sois émue au point de pleurer et là, au bout de quelques minutes, je me suis retrouvée en larmes."


 Des textes qui traitent souvent d'émotions refoulées:

"L'art permet d'exprimer des choses qu'on ne peut pas toujours dire à voix haute dans la vie. D'autre part, il y a des mots qui sonnent bien quand on les chante et mal lorsqu'ils sont dits, et réciproquement. Je crois qu'il s'agit de deux langages différents. Il me semble que la fonction principale de la musqiue est de véhiculer tout ce qui est implicite, non-dit."


 Un regard sur son enfance et sur l'enfance:

"J'en garde des souvenirs agréables, mais pas une imagerie très marquée comme on pourrait le croire. Le problème, c'est que les gens pensent que mes chansons sont autobiographiques, ce qui n'est pas tout à fait le cas. J'essaye de partir de l'innocence enfantine pour plonger mes chansons dans des situations plus dramatiques (Ref: au sens anglais, proche du théâtral et spectaculaire) Je trouve extrêmement puissante la symbolique du petit enfant protégé par un père très, très grand (Ref: voir le clip cloudbusting). Il s'agit là d'un thème référentiel pour bon nombre d'auteurs. C'est fascinant de regarder la vie à travers l'oeil d'un enfant. ça te met dans une position très vulnérable. Les enfants regardent les choses d'une magnière tellement sensible, tellement pure. C'est le regard que l'on a avant que tout ne commence à mal tourner. Dès qu'on devient adulte, il semble que tout se détériore."


 Rencontre avec Alan Stivell:

"Mon frère Paddy avait des disques d'Alan Stivell absolument fabuleux, et j'ai eu l'idée de le faire participer à cet album (Sensual World), mais je ne savais pas comment le contacter. Trois jours plus tard, j'ai reçu une lettre de lui, expliquant qu'il aimait beaucoup mes albums, qu'il ne savait pas si j'avais entendu parler de lui et qu'il aimerait beaucoup travailler avec moi. C'est comme s'il avait saisi le message par télépathie. Finalement, la magie celte a du vrai."


 La "World Music":

"La World Music est vraiment dans ma nature, parce que chez moi, alors que j'étais encore minuscule, on écoutait beaucoup de musique ethnique, ce qui fait que j'ai pris conscience de la musique traditionnelle avant même de découvir la bonne musique, ce qui s'est produit pour moi vers 10/12 ans. J'ai toujours eu envie d'utiliser cet acquis, pour l'étendre encore un peu plus loin. C'est uniquement parce que je possède mon studio et que je me suis impliquée à fond dans la production de cet album (Sensual World) que tout ce que j'ai vraiment voulu y mettre est flagrant."


 La danse est une discipline:

"ça a changé ma vie, car si je ne l'avais pas fait avant de devenir célèbre, je pense que je n'aurais pas tenu le coup. La discipline qui a ainsi été introduite dans mes habitudes m'a beaucoup soutenu par la suite. je n'avais que 18 ans quand je suis tombée dans ce milieu, et c'était vraiment dur. A part ça, j'ai une discipline quotidienne: chez moi, je travaille, je m'assois au piano, cinq ou six heures par jour, et je reviens sur mes anciens titres. En studio, je joue des claviers, je fais des tentatives, mon travail est plus diversifié, plus aventureux."


 Kate et la célébrité:

"Je me sens très vite vulnérable, ne serait-ce que lorsque je fais trop d'interview (comme ici?) ou de passage à la TV et incapable de faire face. Donc, j'en fais moins que la plupart des autres artistes. Je fais ce que je peux. La célébrité peut être attrayante, mais elle vous décale trop par rapport à la réalité. Pour écrire, il est important de pouvoir rester l'observateur et de ne pas toujours se retrouver dans la situation d'observé."


 Merci Kate.

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